Le Journal de NOTRE EPOQUE

Journal béninois d’investigation, d’analyses et de publicité – Récépissé N° 953/MISPCL/DC/DAI/SCC du 27 mars 2007

L'ESPRIT POLITIQUE : JEU ET ENJEUX (EXPÉRIENCES ET RÉFLEXIONS)

CHAPITRE INTRODUCTIF

Il n’y a lieu de rien d’autre que de restituer le fait politique, tel qu’il se joue, tel qu’il s’est présenté à moi et autour de moi et que je l’ai éprouvé ici et ailleurs; et non pas, tel que j’eusse aimé qu’il fût; et du moins, c’est une peu souhaitable misère que de dépenser sa vie à méditer d’admirables rêveries qu’on ne les eût éprouvées sur scène et contre les faits ; car ainsi faisant, ce n’est pas que Paris qu’on eût bien pu introduire dans une bouteille; c’est l’univers entier que l’on eût eu le loisir de vouloir contempler à travers son nombril à soi.

Et il résulte globalement de ce que j’ai vécu vingt-quatre années durant, en me mouvant dans le milieu politique dès l’âge de seize (16) ans, à la différence de ce que les livres et la bien-pensance prétendent et que j’ai bien longtemps cru, que la démocratie n’est pas un système qui chérit le plus aimé; elle consacre paradoxalement le plus fort, regrette les sympathiques gens qu’elle aura eu le tort d’aimer et, tout au plus, affecte de fleurir leurs sépulcres quand la nuit tombe et les couvre de son linceul ténébreux.

Ni la démocratie, ni la liberté, ni la dignité, ni l’amour de la patrie ne sont donc ce que les livres enseignent; et les contes qu’on lit et ventile de nos jours, à partir des projets dits de société, à la veille des marchés électoraux, ne sont, le plus souvent qu’un piège à cons qu’hélas un homme comme moi qui se croyait prévenu, et même une foule de gaillards velus et barbus, ainsi que des dames qui ont pourtant tout traversé et s’adjugent même désormais l’outrecuidante maturité de percer le nez et les sourcils, et parfois même, de s’abonner au cunninlingus et à la partouze, ont la paradoxale naïveté de tenir pour vérité d’évangile; comme si on les pouvait convaincre, eux et elles aussi, de l’existence du Père Noël.

CHAPITRE PREMIER: LES PEUPLES PRÉFÈRENT LES FORTS

Le plus important, pour l’acteur politique, n’est finalement pas de se décarcasser pour se faire aimer; il lui importe juste d’être fort; car les peuples ont en horreur les leaders qui ne peuvent se protéger eux-mêmes ; ni protéger leurs propres intérêts; car ils entendent que celui qui n’a pas le loisir de monter la garde autour des enjeux qui sécurisent sa personne, sa famille, ses proches et ses biens, le ferait encore moins bien pour autrui, voire tout un peuple; et est d’une compagnie peu recommandable; au lieu qu’il soit, en tant que leader, l’arbre sous l’ombrage duquel ses militants et amis se sentiront protégés et invulnérables.

Et être homme, ce n’est ni disposer de deux boules de testicules dans une bourse; ni d’avoir dans son caleçon un tube pour faire pipi. Ce n’est, ni de vociférer, ni de rugir. C’est d’agir avec autorité dans le bon timing, et d’affronter les conséquences, toutes, pouvant découler de son audace; si peu morale qu’elle puisse être; car l’éthique bien- pensante n’a d’utilité politique que de grossir le nombre d’innocents qui vont pleurnicher le jour de votre inhumation pendant que vos ministres pensent à vite aller faire l’amour à leurs maîtresses; se demandant à quoi bon économiser le coup de ce jour-là, quand le lendemain, tout le monde peut se réveiller dans la glace.

Il n’est donc pas plus rentable de sourire aux dames des marchés; de visiter le paysan; d’amadouer le syndicat; de plaire aux journalistes et activistes que de travailler, de toute son énergie à devenir puissant et forcer le respect.

C’est pourquoi Mao, Staline, Poutine, Margaret Thatcher, Rawlings,

Kagamé, Obasandjo…et plus proche de nous, Talon, exercent et pourront encore exercer une fascination sur les peuples qu’ils ont conduits, pour peu qu’ils sachent mesurer entre l’autorité nécessaire et le kilogramme de carottes à dépenser pour équilibrer les gestes et être porté en triomphe; sachant, comme prévient Blaise Pascal, que << l’homme n’est ni ange, ni bête; mais le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ; et qui veut faire la bête fait l’ange.>>

CHAPITRE 2: DE LA LIBERTÉ, SONGE OU MENSONGE

Le monde n’a jamais été autant une jungle que sous l’empire de ce que nous convenons d’appeler démocratie.

Sous son nez et sa barbe, on a encagé Aung San Suu Kyi dans les quatre murs de son domicile pendant plus d’un quinquennat et un jour, on lui a annoncé qu’elle était libre et pourrait même gouverner la Birmanie; Ingrid Bettencourt a été enlevée et gardée en haute forêt des années durant et on a pu déposer un conteneur sur le portail de Boni Yayi pour le confiner, et des militaires aux alentours de son domicile; lui qui fut assez fort dans un passé récent pour engager son faiseur de Roi à se sauver par le coffre-arrière d’un véhicule banalisé comme cela s’est dit; et trouvait souvent l’occasion de rappeler: <<Après Dieu, au Bénin, c’est moi>>.

La liberté fut d’abord un songe; mais à présent, elle n’est plus qu’un mensonge; car les lianes des lois ne sont aujourd’hui jamais suffisamment rudes pour ligoter l’humain puissant, ni les dents des principes suffisamment acérées pour délier le rebelle pris au piège.

Qu’on s’entende bien!

S’il s’agit de la liberté de penser, d’où vient-il qu’on veuille la restreindre sachant que comme le ruisseau qui court dans son lit, elle est consubstantielle à la faculté même de penser; et donc en est indissociable.

Quant à la liberté de parole, elle, par contre, est consubstantielle à la responsabilité du sujet parlant et Idi Aminh Dada fut cyniquement très inspiré d’avoir affirmé qu’il *garantit la liberté de parole; mais qu’il ne saurait se porter garant de la liberté après la parole*; invitant insidieusement le sujet parlant à tourner soixante dix-sept (77) fois sa langue avant de parler.

Et s’il est commode de voir cela comme du chantage, il faut juste se souvenir que la liberté n’est plus qu’un yo-yo entre les mains de ceux qui aspirent au pouvoir et savent qu’elle offre un boulevard pour l’atteinte de leurs fins; et ceux qui ont le pouvoir, puis veulent le conserver et la regardent conséquemment comme une menace.

Il est donc naturel que les aspirants au pouvoir s’entichent avec les médiateurs que sont le peuple, la société civile, les religieux et Dieu ; qu’ainsi Communistes et Libéraux se mettent ensemble ; non point qu’ils épousent désormais des valeurs communes; mais parce qu’ils poursuivent le but commun de désarmer le fort et se saisir de son paquetage, quitte à s’entretuer l’instant d’après.

Et comme le fort ne sait que trop que, désarmé, il devient nu et vulnérable, il recourt à l’artillerie lourde, à la police, l’armée, les renseignements, au trésor public…et réprime sans état d’âme le médiateur mis dans la rue ou envoyé dans l’isoloir pour l’évincer.

Chacun des acteurs est donc dans son rôle ; et il est prétentieux de soutenir que l’on se batte pour la liberté ; tandis qu’on n’en a que besoin, le temps de se battre, et en attendant de la ranger.

Cela est si évident que de tout temps, tous les détenteurs du pouvoir, Libéraux ou marxistes, fascistes ou humanistes, prêtres, pasteurs et même Dieu, ont toujours cru devoir tenir la répression comme un utile adjuvant pour embarrasser le concurrent agité qui les embêterait.

Il ne faut donc plus s’étonner que ceux qu’on réprimait hier à la Bourse du Travail soient devenus un jour de ceux qui répriment; et ainsi de suite; et l’on devrait, en le sachant, s’arrêter de pleurnicher au lieu qu’on aille cultiver ses muscles.

Le plus drôle en tout cela est cette foule nombreuse de gens simplistes que les acteurs tiennent et qui se regardent, parfois, eux-mêmes, en acteurs de l’histoire, en prenant des selfies, alors qu’ils ne sont, à la fin, que des agents émotionnellement activés dans l’intérêt des acteurs de l’un quelconque des clans.

CHAPITRE 3: DE LA DIGNITÉ ET DE LA PRÉVENANCE

Quant à la dignité, elle est devenue malheureusement un concept galvaudé par d’insignifiants arnaqueurs à qui l’on a acheté un Androïd; et qui entendent dès lors vendre à qui aurait pu leur en offrir une poignée, une denrée qu’ils n’auront même jamais eu le loisir de palper.

La dignité, sous l’angle réaliste, politique, n’est pas l’art de se laisser flinguer comme un idiot en fredonnant l’hymne national; car le drapeau national autour d’un cercueil n’a jamais ressuscité l’idiot qui y gît.

Nul n’a le droit de gaspiller la vie, même pas la sienne propre; et surtout pas elle.

Un homme politique est un combattant ; et un combattant doit être vigilant, prévenant; ainsi qu’il est génétiquement programmé dans l’essence humaine, depuis l’habile spermatozoïde qui a pris le pari de féconder l’ovule et de constituer dès l’instant d’après, une digue sécuritaire contre l’intrusion de tout autre poursuivant dans cet environnement nourricier.

Aucun homme n’est donc digne s’il se laisse fusiller dans le dos; et parfois, lâchement, de face, laissant derrière le triste souvenir de son nom, sa compagne et sa progéniture, alors qu’il avait le loisir d’apprécier les forces en présence et de ne s’engager que s’il a les biceps suffisamment solides pour se mettre à l’abri en cas de danger, chercher son équilibre ; et dans son moment d’élan retrouvé, faire face et lutter; ou alors, mieux apprécier le rapport de forces, et signer dignement forfait, en négociant qu’on lui épargne la vie, tandis qu’il s’assure de tenir au moins la moitié de sa destinée entre ses propres mains; et en offrant en contrepartie de la précieuse épargne qu’on lui aura faite une totale disponibilité à servir; et surtout sans ruse; car l’on est toujours prétentieux_et c’est à tort_ de se croire plus rusé que celui qui aura convenu de vous éviter le pire alors qu’il en tenait et l’outil, et vous atteignait presque à bout portant.

Dans tous les autres cas, il n’est digne de rien; la première de toutes les dignités étant le droit à la vie.

CHAPITRE 4: LE PATRIOTISME EN QUESTIONS !

Il tend souvent à se prévaloir d’un blabla émotionnel ; et l’affiche publicitaire habituelle consiste à voir revendiquer, par chacun des camps en conflit, et plus souvent par le plus faible d’entre eux, un prétendu amour pour la patrie que l’on voudrait sauver, protéger; cependant qu’on a eu la présence d’esprit de prendre la poudre d’escampette dans un excellent timing; étant assez avisé pour savoir qu’il est tout-à-fait imprudent, pour un rat, de laisser un chat lui caresser la tête.

Qu’on le surprenne ensuite la bouche humide en train de savourer le pauvre muridé, il peut être loisible au félidé de plaider son propre cas en soutenant que s’il mange des rats, c’est par amour pour la maison dans laquelle il vit, pour sa propreté, et dans l’intérêt des propriétaires.

Telle est la thèse sentimentale que le politique feint de tenir pour du “patriotisme”.

Dans la réalité, il n’en est souvent rien; et si on avait jamais eu l’occasion d’écouter la version du pauvre rat avant qu’il n’achève sa course dans le gosier du chat, il aura aussi fait prévaloir que c’est par amour pour l’appartement où il vivait, sous le lit en bois, avec ses ratons, qu’il séjournait en ce lieu, muni de bonnes intentions, et avec l’espoir que ses petits et lui forment, au bout du compte, une chorale dont la mélodie égaie l’écosystème de l’habitat humain et en rompe la monotonie.

Mais la vérité secrète qui dort dans le cœur de chaque rat est qu’il songe constamment au jour de grâce où on lui mettrait une brochette de chat dans les griffes.

Et en attendant ce jour, s’il ne se sauve pour gagner la brousse, c’est parce qu’on lui a conté l’histoire, et qu’il sait qu’avec les chasseurs, les badauds, les reptiles, et toutes autres sortes de prédateurs vivant dans la nature, même ses cousins palmistes et géants ne s’en tirent pas à si bon compte, quoi quej parfois cachés dans leur dernier retranchement, sous les pierrailles.

La prédation des uns sur les autres n’est donc toujours pas un acte immoral; et c’est d’autant plus vrai que le rat que vous vous apprêtiez à plaindre ne se gênera pas pour laper en un mouvement de langue le cafard qui passait juste sous son nez.

Au fond, la politique, c’est la chaîne alimentaire: les plus forts mangent les plus faibles; et c’est tant et si bien évident qu’en situation extrême, les cafards les plus entreprenants mangent les cafards les plus nonchalants pour continuer à vivre; et peuvent même se targuer, en agissant ainsi, d’avoir fait œuvre utile, en sauvant leur espèce, contre le risque de l’extinction.

Et même, ils auront aussi le culot de répondre au maître des lieux que c’est par amour, par attachement à ce joli habitat, qu’ils veillent à éliminer certains de leurs frères cafards qui le polluent.

L’amour pour la patrie, en définitive, c’est souvent la guerre de leadership entre les forts et les faibles, entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui y aspirent; entre ceux qui ont perdu le pouvoir et ne s’en consolent pas et ceux qui l’ont conquis et n’entendent plus le céder, dans le but d’assoir leur hégémonie et de décider au nom de tous; sachant que nul n’est assez idiot pour comploter contre ses propres intérêts.

EN GUISE DE CONCLUSION

Que dire de plus?

Qu’il n’importe pas autrement de s’indigner quand des gens dits de conviction vous jettent des pierres; car c’est juste leur rôle dans le dispositif politique de jeter des pierres; ne pouvant être à aucun autre endroit et n’ayant l’œil suffisamment exercé pour voir par-delà les jugements manichéens.

Et il n’est pas joyeux de batifoler dans la gadoue, et prétendre leur donner la réplique, car ils sont, à cet endroit, dans leur écosystème, éduqués pour être dégoûtants.

Être politique, à l’expérience, c’est refuser d’être naïf; accepter d’être lapidé un jour après avoir été applaudi la veille; et continuer à avancer, sans regarder derrière, les yeux rivés sur le devoir.

C’est savoir que l’amour de la patrie, ce n’est pas une toile que l’on trimballe; que la dignité n’est pas une quête de vanité; que la liberté n’est pas une corde au cou de l’homme qui se prétend libre; qu’être homme, c’est se mouvoir lorsque l’inaction tend à engourdir votre esprit et tuer votre génie; que l’orgueil est un tueur silencieux; qu’il faut être humble devant l’incompréhension et même la haine; et qu’enfin, être fort ne sera jamais une mauvaise chose. C’est ce que la vie m’a appris.

Par Constantin AMOUSSOU