Le Journal de NOTRE EPOQUE

Journal béninois d’investigation, d’analyses et de publicité – Récépissé N° 953/MISPCL/DC/DAI/SCC du 27 mars 2007

EZIN GANGNON : UN APERÇU BIOGRAPHIQUE

Lorsque la mort frappe un individu quelconque, l’une des questions que l’on se pose est la suivante : qui est-il ? Dans ce contexte, il s’agit de se demander qui est EZIN GANGNON ?

Né de Fonnouvi EZIN et de Widotè vers 1941, EZIN Gangnon est un artiste compositeur. Marié à trois femmes, il a  environ une dizaine d’enfants dont deux au moins lui emboîtent le pas dans le domaine musical. Il est respecté et très aimé dans son milieu, et est surtout vu comme un sage, ce qui lui vaut d’exercer, malgré son illettrisme, la fonction de délégué de Mondji-Codji pendant plus d’une décennie.

EZIN Gangnon, n’a jamais fréquenté l’école du blanc qui en son temps, était vue comme un passe-temps. Adolescent, ses parents le confia au bon soin de Kingbè. Maître menuisier et chanteur hors pair, Kingbè était chargé de lui apprendre la menuiserie. Très vite, les journées d’apprentissage du jeune apprenti se transformaient en séance de répétition. En effet, Kingbè, passionné par la chanson, invitait souvent ses apprentis à l’accompagner de tel ou tel instrument, surtout quand il travaillait. EZIN Gangnon, étant le novice, donc le plus inexpérimenté en menuiserie, cette tâche lui incombait. Il apprenait ainsi sur son lieu de travail, autant la menuiserie que la chanson. Son maître le faisait même assister à quelques-unes de ses séances de répétition lorsqu’il avait bien travaillé. C’est ainsi que EZIN Gangnon est entré en relation avec la chanson.

À la fin de sa formation, EZIN Gangnon se rend au Ghana pour un perfectionnement professionnel. Mais, au lieu de se concentrer sur cet objectif, Gangnon s’adonne plutôt à la musique. Il animait souvent les réjouissances des maxinu résidents au Ghana.

À son retour au bercail, toutes les occasions étaient propices à l’expression de son art musical. Cette attitude soulève l’opposition de ses parents et poches qui estiment que la chanson relève de la frivolité et de la paresse. Mais Gangnon s’entête. Il commence à pratiquer le tchingounmin. Ses parents, ne voulant pas d’un enfant oiseux, l’envoyèrent une seconde fois au Ghana. Ce second voyage dura cinq années pendant lesquelles Gangnon a continué la pratique de son art.

Du retour à Savalou en 1965, il se remet à jouer du tchingounmin. Mais, Anatole Houndefo alias Alokpon, un autre chanteur de la localité, avait déjà le vent en poupe et très connu et aimé. Ainsi, le tchingounmin de Houngninou alias EZIN Gangnon peinait à fleurir, car, il ne pouvait pas faire le même rythme que Alokpon son congénère. Cela risquait de détruire leur relation et faire d’eux des ennemis jurés. Pendant quatre ans, il se produit dans cette atmosphère délétère, mais cela ne pouvait pas durer. Sur les conseils d’un proche, il abandonne le tchingounmin pour le t?ba-hanyé qu’il commence à pratiquer en 1969.

EZIN Gangnon est exceptionnel par les thèmes qu’il aborde dans ses productions. En effet, il chante l’homme dans  toutes ses facettes et aborde plusieurs thèmes à travers ses morceaux. Ainsi, on dénombre, les chansons de haine, de médisance, de désoeuvrement, d’hypocrisie, de jalousie, de souffrance humaine, sans oublier les chansons funèbres. La liste n’est pas exhaustive.

EZIN Gangnon jouit de plusieurs décorations et distinctions honorifiques dont les plus importantes sont :

– Chevalier de l’ordre national du mérite social ;

– Diplômé d’honneur pour la qualité artistique et culturelle.

EZIN Gangnon n’est pas le créateur du rythme t?ba-hanyé mais il reste à ce jour, son plus grand réformateur et rénovateur vu la transformation rythmique et acoustique qu’il a opérée.

C’est pourquoi, les allogènes de l’autre bord, qui frauduleusement se font appeler ” roi ou pape du t?ba rénové” doivent comprendre qu’il n’en ont nullement ni le destin ni la compétence.

EZIN Gangnon s’en est allé mais des dignes fils maxi sont suffisamment aguerris pour pérenniser l’oeuvre du Baobab.

L’artiste ne meurt jamais.

Vive l’artiste !

Augustin Anignikin, en guise d’hommage, ce 25 décembre 2020.