Le Journal de NOTRE EPOQUE

Journal béninois d’investigation, d’analyses et de publicité – Récépissé N° 953/MISPCL/DC/DAI/SCC du 27 mars 2007

Au fond, Patrice Talon n’a pas tort

De la réalité d’une ” démocratie pagailleuse”. C’est la crue vérité, crachée par Patrice Talon sur les pages de <<Jeune Afrique>>. Une espèce de vérité qui ébranle la toile à la fureur d’une locomotive sans wagons, depuis son explosion. Démocratie dites-vous? Parlons-en!Issue du déchaînement de la philosophie des Lumières, la démocratie est, en son sens propre, une idéologie rationaliste qui privilégie la Rigueur dans la gestion de l’État, au-delà des principes inclusifs. Or, la démocratie est soumise depuis des lustres à une exploitation inédite en Afrique, où son utilisation par les pouvoirs conservatistes a vite abouti à l’invention des théories ahurissantes.

Ainsi dégradée, la démocratie a perdu tout son potentiel révolutionnaire hérité des Lumières. Instrumentalisée, elle n’est plus qu’une idéologie creuse devant permettre la conservation des positions dominantes acquises, dans un contexte nouveau, marqué par la dénaturation des pressions internationales en faveur de l’ouverture démocratique. Revêtu sur commande à l’intention du reste du monde, le nouvel habit d’apparat du « démocrate » suffit bien souvent à féconder la pagaille collective, à rassasier les panses des corrupteurs ainsi qu’à encourager la prolifération des clubs électoraux dans nos États, au moyen d’un désordre parfait.

Pour circonscrire les enjeux de cette falsification du pluralisme démocratique, Patrice Talon, sans aller du dos de la cuillère, qualifie l’expérience de plusieurs années du Bénin de ”pagailleuse”. Effectivement, ce prototype de gouvernance, depuis 1990, s’est construit sous le signe du platonisme, ou plus exactement d’un néoplatonisme politique, qui a longtemps privilégié la forme sur le contenu. L’usage quasi incantatoire du vocable démocratie dans les nombreux discours dits de défense de ses acquis, semble confirmer la nécessité de doser le vaccin des réformes dans le traitement de la santé des États africains, condition essentielle pour bâtir une chaîne d’institutions fortes, susceptibles de répondre aux impératifs du développement.

<<L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais des institutions fortes>>. Ce constat fait par l’ex-président américain Barack Obama lors de sa visite au Ghana en 2009 rejoint fatalement la pertinence des réformes du Chef de l’État béninois. Dans les faits, et même si les situations sont évidemment contrastées, l’Afrique demeure généralement un continent où les États sont fragiles. Mieux, cette méta-institution qu’est  la démocratie y soufre encore de solidité, faute de réformes courageuses comme celles en cours au Bénin depuis 2016. Pour ma part, Patrice Talon n’a pas encore tort en parlant de << démocratie pagailleuse>>. C’est une vérité irréductible, quoiqu’irritante. Normalement, l’habituelle franchise qui caractérise ses discours politiques sont au fond, des diagnostics, ou de la radioscopie susceptible de conduire à guérir la démocratie du Bénin et celle des États d’Afrique du marasme politique ambiant.

Par Noé Kassius DOTOU