Le Journal de NOTRE EPOQUE

Journal béninois d’investigation, d’analyses et de publicité – Récépissé N° 953/MISPCL/DC/DAI/SCC du 27 mars 2007

Communes frontalières du Bénin : Banouto publie un livre sur « la vie à rude épreuve »

Banouto publie son premier livre. Intitulé « Communes frontalières du Bénin : la vie à rude épreuve » et réalisé avec l’appui financier de la Fondation Friedrich Ebert (FES), l’ouvrage est un recueil d’enquêtes sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières du Bénin. Il a été lancé mardi 22 décembre 2020.

De 176 pages, l’ouvrage est préfacé par Dr Hans-Joachim Preuss, représentant résident de la FES au Bénin. Trois communes frontalières sont prises en compte. Il s’agit de Karimama, commune frontalière avec le Niger et le Burkina Faso, de Kétou qui partage 75 kilomètres avec le Nigéria et de Tanguiéta dont les populations échangent avec celles du Burkina Faso et du Togo. « Communes frontalières du Bénin : la vie à rude épreuve » comporte 16 sujets d’investigation repartis en 6 sur Karimama, 5 sur Tanguiéta et 5 sur Kétou.

L’ouvrage est un recueil d’enquêtes et de reportages réalisés par les journalistes de Banouto sur les défis socio-économique et sécuritaire des communes frontalières du Bénin avec l’appui financier de la fondation Friedrich Ebert (FES).

Les raisons d’un intérêt pour les communes frontalières

Pourquoi des enquêtes sur les communes frontalières ? « La décision pour nous de nous intéresser aux communes frontalières est partie de trois de trois constats », fait savoir Léonce Gamaï, manager général de Banouto et coordonnateur du projet « enquêtes sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières du Bénin ». « Le premier constat est lié aux élections communales. Tenues en mai 2020, elles ont débouché sur l’installation de la 4ème mandature de la décentralisation. Nous avons estimé qu’il était opportun de s’intéresser aux défis auxquels feront face les nouveaux conseils communaux et plus spécifiquement ceux des communes frontalières ».  Le deuxième constat est parti de certains chiffres. « 36 des 77 communes du Bénin sont frontalières. En 2010, plus de 40% de la population béninoise vit dans les espaces frontaliers, a-t-il avancé. Pourtant, les débats politico-politiques qui s’animent à Cotonou font fi des préoccupations de ces populations qui font quasiment la moitié de la population béninoise. Nous avons alors décidé de sortir du politico-politique  pour nous intéresser aux réalités auxquelles sont confrontées les populations dans les espaces frontaliers.»

Le troisième constat, indique Léonce Gamaï,  est lié à la recrudescence des groupes d’extrémisme violents en Afrique de l’Ouest et au Sahel. « Lorsqu’on observe la dynamique en Afrique de l’Ouest, on constate que ces groupes d’extrémisme violent s’installent dans les zones frontalières. Ces groupes exploitent les frustrations et les vulnérabilités nées de l’absence de l’Etat, la mauvaise présence de l’Etat ou même de la présence incomprise de l’Etat. Nous nous sommes dit qu’en tant que média, c’est aussi notre rôle d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce qui pourrait advenir si telle ou telle chose n’est faite », a-t-il expliqué.

D’abord publiés sur le site web de Banouto, les articles réalisés dans le cadre de ce dossier spécial sur les communes frontalières ont été ensuite compilés dans un ouvrage.

« Nous avons trouvé que ces articles ont eu un grand intérêt pour les internautes et sur les réseaux sociaux. Donc on s’est dit pourquoi ne pas collecter tous ces articles et les compiler dans un livre afin de rendre les informations accessibles à un grand public », justifie  Dr Hans-Joachim Preuss, représentant résident de la FES au Bénin. « L’objectif est d’intéresser le public à ce qui se passe loin de Cotonou et de Porto-Novo. Et comme vous l’aviez constaté c’est vraiment une vie à rude épreuve au niveau des frontières du Bénin », a-t-il ajouté.

Les signes de la vie à rude épreuve

Les thématiques abordées dans les enquêtes, les reportages et les interviews compilés dans l’ouvrage sont l’accès à l’eau, l’éducation, l’accès à la terre, la transhumance, la communication, le tourisme, la culture, la santé et les finances locales.

L’ouvrage fait découvrir les vulnérabilités et les paradoxes de Karimama. Dans cette commune coincée entre le Parc W et le fleuve Niger, les terres agricoles et de pâturage se raréfient. La situation engendre des différends permanents entre agriculteurs d’une part, et entre agriculteurs et éleveurs d’autre part. De même, l’avenir des enfants s’écrit en pointillés. Sur le plan éducatif, c’est la commune des paradoxes. Les écoles primaires existent, mais elles manquent d’élèves.

Les parents préfèrent occuper leurs enfants par les travaux agro-pastoraux. L’équipe de Banouto s’est aussi rendue à Tilawa. Elle raconte la vie dans ce village béninois du bord du fleuve Niger, quasiment pris en charge par le Niger. Le livre présente aussi l’ingéniosité de certains habitants de Karimama qui ont fait des moulins à farine une source alternative d’énergie.

Sur Kétou, située au sud-est à la frontière avec le Nigeria, l’ouvrage de Banouto contient  des récits épiques sur les drames de la transhumance transfrontalière. De façon périodique, la commune devient le théâtre d’affrontements sanglants entre éleveurs locaux ou étrangers et des paysans.

« A l’enjeu sécuritaire, s’ajoute celui économique. Voisine du Nigéria, la ville béninoise de Kétou est un haut lieu de commerce transfrontalier. Les multiples échanges commerciaux, favorisés par la proximité avec le géant de l’est, produisent de riches individus, mais l’administration communale peine à mobiliser des ressources pour financer le développement local. La culture et le tourisme sont également au rendez-vous, mettant en exergue une ville dont les vestiges s’écroulent », renseigne la préface.

Les enquêtes sur Tanguiéta mettent sur les questions d’accès à l’eau, le tourisme et la santé. Les journalistes de Banouto dévoilent que l’accès à l’eau est si problématique que « se laver devient un luxe ». Dans cette commune du nord-ouest du Bénin, l’activité touristique est au ralenti depuis l’incident du 1er mai 2019 ; l’enlèvement de deux touristes français dans le Parc National de la Pendjari et l’assassinat de leur guide béninois. Tanguiéta, c’est aussi la commune de réparation des femmes ! Les journalistes de Banouto ont donné la parole aux victimes de fistule obstétricale qui racontent l’histoire de leur survie.

Pour rester collés à l’actualité sanitaire, le livre consacre quelques reportages sont consacrés à la situation du covid-19 dans les communes sillonnées.

« Conflits domaniaux à Karimama : multiples facettes d’une bombe à retardement » , « Education au Bénin : le paradoxe des écoles sans élèves de Karimama », « Accès à l’énergie au Bénin : ces moulins qui donnent du courant à Karimama », « Transhumance transfrontalière : la saison des morts à Kétou », « Kétou : à Iwoyé, le Bénin marque des points dans la surveillance des frontières », « Parc Pendjari au Bénin : le tourisme toujours groggy un an après l’assassinat de Fiacre Gbédji », « Fistule obstétricale au Bénin : sur les traces d’une histoire de réparation des femmes à Tanguiéta » sont entre autres articles à lire dans l’ouvrage.

« Le livre est un croisement de regards sur trois communes frontalières différentes. Il y a clairement dans l’approche comparative, des ressemblances et des dissemblances dans les modes de vies, les pensées et surtout les difficultés rencontrées », commente le journaliste Tanguy Agoï, présentateur de l’ouvrage.

« On note que les défis restent entiers, pesant surtout sur les collectivités locales. Il n’y a pas une lumière suffisante sur le rôle et l’investissement des mairies dans le quotidien de ces populations. De sorte à ce qu’il faut ajouter à l’absence de l’Etat par endroit, l’impuissance ou l’indifférence du pouvoir local », souligne-t-il. En somme, conclut Tanguy Agoï, « ces investigations sont des clichés photographiques de quelques compartiments de la vie de ces communes. Elles ont le mérite de révéler à la fois les atouts, les opportunités mais aussi et surtout les défis qui attendent ces trois communes, et par extrapolation, toutes les communes frontalières du Bénin ».

La cérémonie de lancement de l’ouvrage a été marquée par un panel de discussion sur les défis socio-économiques et sécuritaires des communes frontalières du Bénin.

 

Que savoir sur Banouto?

Lancé en 2017 au Bénin, Banouto (www.banouto.info) est un site d’actualités, d’investigation, de grands reportages, d’analyses et de publicité. Sa mission est de trois ordres : (1) mettre fin à la manipulation de masse en offrant aux citoyens béninois en particulier et africains en général, les clés pour comprendre les défis et les enjeux contemporains ; (2) contribuer à changer le narratif sur l’Afrique en mettant la lumière sur les progrès et les tendances positives sur le continent ; (3) procurer du bonheur aux populations en impactant positivement leur vie et celle de leurs communautés.

Alliant professionnalisme journalistique et adaptation aux normes du Web, Banouto se distingue dans un univers médiatique béninois marqué par une multiplicité de médias en ligne. En trois ans d’existence, il est devenu le meilleur pure player d’informations crédibles au Bénin ; avec à son actif sa sélection à plusieurs programmes compétitifs de développement des médias et des prix en journalisme d’investigation remportés par ses journalistes.

Banouto a l’expérience des grands dossiers thématiques. En dehors de celui sur les communes frontalières du Bénin, il en a déjà réalisé sur l’immigration, le secteur informel, la réforme du système partisan, l’éducation, les réformes de la santé, les personnes vivant avec handicap et la veille citoyenne décentralisée.

 

A propos de la fondation Friedrich Ebert

La Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) est une fondation allemande à but non lucratif financée par le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne. Basée à Bonn et à Berlin, elle a été fondée en 1925 et porte le nom du premier président allemand élu démocratiquement, Friedrich Ebert.

La FES est résolue à faire progresser le développement socio-politique et économique dans l’esprit de la démocratie sociale, par le biais de l’éducation civique, de la recherche et de la coopération internationale. La Friedrich-Ebert-Stiftung est la plus ancienne fondation politique en Allemagne.

Source : Banouto.info