Le Journal de NOTRE EPOQUE

Journal béninois d’investigation, d’analyses et de publicité – Récépissé N° 953/MISPCL/DC/DAI/SCC du 27 mars 2007

Dominique Zinkpè : «L’intelligence de Dodds lui a permis de verser les butins de guerre à son pays»

Vingt-six (26) biens culturels expropriés après la chute du roi Gbêhanzin ont été restitués au Bénin à la suite d’un long séjour au musée du Quai Branly Jacques Chirac de Paris. Malgré le nombre modique desdites œuvres (26 sur plus de 3000) Dominique Zinkpè, artiste peintre, plasticien et directeur du Centre arts et Cultures estime qu’« on ne peut être qu’heureux du retour ».

26 trésors sur près de 3000 nous ont été restitués. Peut-on s’en réjouir ?
Dominique Zinkpè : On ne peut qu’être heureux du retour des 26 biens culturels au Bénin. Pendant longtemps nous avons voulu qu’ils rejoignent leur terre d’origine. Alors pourquoi ne pas s’en réjouir ? Ma joie, elle est énorme. Regardez qu’un pays comme le Sénégal n’a juste qu’un sabre, que la Côte d’Ivoire a eu un tambour alors que chez moi, nous recevons 26 biens culturels. Voilà autant de raisons qui justifient notre bonne mine. Toutefois, retenons que ce processus de restitution n’est qu’à son début. Il est très plausible que dans un futur proche, plus d’œuvres africaines emportées comme butin de guerre au temps de la colonisation regagnent l’Afrique. Nous ne sommes qu’au début d’une grande victoire.

Si nous parlons de trésors spoliés aujourd’hui, c’est grâce à Dodds bien sûr …
L’intelligence de Dodds lui a permis de verser les butins de guerre à son pays. C’est une action patriotique. S’il avait brûlé tout ce qu’ils ont eu, nous ne parlerons certainement plus de trésors spoliés ou autres aujourd’hui. Pour ma part, même si ça a mis du temps avant qu’on ne retrouve nos quelques œuvres qu’on aime bien appeler “Trésors pillés, volés” je voudrais quand-même rappeler que tout n’a pas été volé.

Est-il nécessaire de recourir à la France pour espérer une bonne conservation des œuvres qui nous sont envoyées ?
Nous devons évoluer au rythme que connaît le monde. Au temps de nos aïeux, les techniques de conservation d’une œuvre d’art ou d’un bien culturel diffère de ce qui se constate de nos jours. Il est évident qu’on aille à l’école. Surtout pour un rayonnement muséal hors pair. Nous faire former sur les techniques avec lesquelles le musée du Quai Branly entretenait nos biens culturels est une sage décision de la part du gouvernement. Nous avons aussi des experts. Sauf qu’il faut que nous soyons au même niveau d’information que le monde entier. Ce n’est pas pour rien que les africains s’alignent pour prendre des formations à l’étranger chaque année. Alors, il faille qu’on laisse de côté toutes nos différences et reconnaître que l’autre a un plus que nous.

Doit-on toujours porter la responsabilité de nos maux aux occidentaux ?
Qu’on accuse ou non, ce qui est fait est déjà fait. Les faits sanglants de l’histoire sont déjà orchestrés. Maintenant, le présent et demain n’appartiennent qu’aux dignes fils de l’Afrique. S’il s’avérait qu’il y a un profit à tirer, c’est à nous de savoir comment procéder. Nous avons été la risée de tous. Mais aujourd’hui, nous sommes Maîtres de notre destin. Il y a des abus. Tout le monde le sait. Quand on parle d’esclavage, d’œuvres spoliées et autres, je pense qu’il ne faut plus remuer nos anciennes douleurs. Nous devons évoluer.

Les responsabilités doivent être partagées…
Les responsabilités doivent être partagées. Puisqu’il n’y a pas d’échange, de troc sans deux parties consentantes. Heureusement que nous ne sommes plus à cette époque. Mais aujourd’hui, le temps est révolu. Tout se corrige peu à peu.

Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN (Coll.)