Dans le monde du travail au Bénin, ce que vivent les travailleurs de la SRTB n’est pas un accident.
Si ces crises se répètent, c’est aussi parce que des digues cèdent trop souvent.
(i) des institutions qui n’assument pas pleinement leur rôle républicain (contrôler, arbitrer, protéger y compris en osant dire le droit au décideur) ;
(ii) une solidarité qui s’émousse au moment décisif ;
(iii) un syndicalisme affaibli, isolé, décrédibilisé ou combattu, et donc incapable de peser à la hauteur des attaques contre les droits.
De la SONAPRA à Bénin Télécom SA, en passant par la CMPS, les travailleurs ont déjà traversé des épisodes similaires dont les conséquences restent visibles : familles plongées dans la précarité, trajectoire brisée, dignité piétinée.
Le droit existe sur le papier, mais ne protège plus réellement le travailleur.
À chaque fois, le scénario se ressemble : la décision tombe, la procédure s’impose, et la protection des personnes comme le respect des garanties passent au second plan, faute d’un contrepoids institutionnel, social et citoyen à la hauteur.
Le même mécanisme est en cours à l’ex?ONAB, où des travailleurs subissent une liquidation conduite comme si les règles n’étaient qu’une formalité, et comme si les représentants du personnel n’avaient qu’un rôle décoratif.
Les cas de Bénin Télécom SA, de PAPME, de la SONACOP ont été identiques à ce que nous vivons aujourd’hui à la SRTB.
Des restructurations ont laissé derrière elles des travailleurs brisés, entre pertes d’emploi brutales et dispositifs d’accompagnement insuffisants en contradiction avec les règles applicables en matière de licenciement.
Et, trop souvent, chaque corps professionnel se retrouve seul face à son drame, pendant que le reste du monde du travail observe, commente, puis passe à autre chose.
Cette absence de solidarité active est précisément ce qui rend ces opérations faciles à reproduire.
Ainsi, le schéma se répète parce que les mêmes conditions se répètent : opacité dans la préparation, précipitation dans l’exécution, puis abandon social dans les conséquences.
Et quand les institutions de contrôle ne s’imposent pas, quand la solidarité ne se matérialise pas, et quand les syndicats sont affaiblis jusque dans leurs bases, la décision la plus dure devient administrativement simple et politiquement peu coûteuse.
C’est ce terreau qui fait prospérer la désagrégation des acquis sociaux.
Aujourd’hui, la situation des agents de la SRTB émeut. Mais si l’indignation retombe, elle laissera place à la prochaine brutalité.
Dans un tel contexte de fatalisme, l’inacceptable se banalise et la répétition devient une méthode.
Le licenciement en cours à la SRTB ressemble à une épreuve de force rendue possible par la mise en veille de mécanismes républicains essentiels.
Quand un État peut décider, écarter et briser des vies sans rendre compte, le nœud du problème devient évident : des institutions censées encadrer, contrôler et arbitrer ne jouent pas pleinement leur rôle.
La Direction générale du travail et le ministère chargé du Travail devraient imposer des exigences minimales de transparence, de procédure et de protection des droits.
Or, dès lors que certains dossiers sont traités comme « sensibles » ou « réservés », le contrôle s’affaiblit et la règle existe, mais n’arrête plus rien.
La même justification, elle, revient toujours : une prétendue contre?performance attribuée aux travailleurs et une rentabilité à (ré) établir sans eux.
Le Bénin ne peut exiger de la SRTB ce qui n’existe nulle part. Un média public jugé uniquement à l’aune du profit.?
Mais tout cela arrive parce que l’État profite de nos fractures.
Les épisodes CMPS, Bénin Télécom, PAPME et SONACOP ont installé un climat de peur et de résignation, qui érode la solidarité.
Chacun attend de voir si « ça va le toucher », chacun défend son îlot, son poste, sa survie.
Dans le même temps, le syndicalisme est affaibli à tous les niveaux : découragement à la base, divisions, pressions diverses, manque de relais, et parfois perte de confiance.
Résultat : le rapport de force se dissout, et ce qui était inacceptable hier devient une pratique courante.
C’est cette combinaison (défaut de solidarité, affaiblissement syndical et institutions démissionnaires) qui rend possible la désagrégation des acquis sociaux et la déshumanisation du travail et qui me fait dire que nous sommes aussi responsables que le coupable.
Oui, il y a une gouvernance qui pousse, qui impose, qui durcit. Mais si elle avance si vite, c’est aussi parce que les garde-fous collectifs reculent. Institutions de régulation rendues silencieuses, solidarités en panne, syndicalisme affaibli.
Aujourd’hui personne n’est à l’abri. Une relecture, conduite dans l’opacité, de la loi portant statut général de la fonction publique est en cours. Si elle emprunte la même logique, elle risquerait d’entamer des garanties statutaires, de flexibiliser des carrières et de précariser des emplois au nom d’une prétendue efficacité.
Il y a donc urgence à réagir, ensemble, pour ne pas être vaincus séparément.
Il faut reconstruire une solidarité active entre secteurs et renforcer le syndicalisme, à la base comme au sommet, afin de remettre des limites, d’exiger des comptes et de défendre les acquis.
Oui, il faut aussi réformer le syndicalisme : le rendre plus proche des travailleurs, plus uni, mieux organisé et plus crédible, pour dialoguer quand c’est possible et résister quand c’est nécessaire.
Aux prochaines autorités, je dis ceci :
– Ne pérennisez pas une gouvernance qui stresse le travailleur.
– Faites fonctionner les institutions, pas les contourner.
– Faites de la République un bouclier contre les brimades..
Anselme Amoussou

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